23 et 24 août 1944 - Bataille de Valvins
À l’occasion de la commémoration de la Libération de Bois-le-Roi, ce discours de Michèle Saliot, lu le 30 août 2026, revient sur les journées des 23 et 24 août 1944. À travers le récit de l’arrivée des troupes américaines et la bataille de Valvins, il mêle le récit historique au témoignage poignant d’une famille au plus près des combats. Une manière de faire revivre, ces heures où la liberté retrouvée s’est écrite au cœur de nos villages.
Discours sur la libération de Bois-le-Roi à La Borne, le 30 août 2026
En ces jours de commémoration, nous avions déjà évoqué l’arrivée des Américains dans notre village, celle de la 2e division du 3e régiment du général Irwin, de l’armée Patton, le 23 août 1944. Aujourd’hui, je voudrais inclure à l’intérieur de cette histoire un peu d’émotion et vous proposer, en parallèle à l’histoire officielle, un témoignage de première main sur la bataille de Valvins. Il ne sera pas retranscrit entièrement dans le magazine municipal pour des raisons de confidentialité.
Il est écrit par une mère de famille qui louait chaque année une maison à Samoreau pour les vacances d’été, avec son mari et ses cinq enfants, tout près du pont de Valvins. Cette maison à la grande façade blanche donnait sur la rue du Bas-Samoreau et le jardin descendait presque jusqu’à la Seine. Cette maison, c’est l’héroïne de l’histoire.
Les blindés américains traversent Bois-le-Roi à 9 h 30. Ils ne rencontrent aucune résistance. Les Allemands avaient quitté Bois-le-Roi une semaine auparavant. Les derniers Allemands fuyaient sur des vélos empruntés ; ils passaient le pont de Chartrettes et le faisaient sauter à 9 h 45.
Les Américains arrivaient juste trop tard. Si Bois-le-Roi avait pu protéger son pont, la bataille de Valvins aurait peut-être été moins meurtrière.
Suivant les ordres de Patton, qui étaient de franchir le plus rapidement possible tous les ponts, la colonne de blindés américains, suivie par des Bacots qui s’en souviennent, remonte l’avenue Foch puis l’avenue Joffre en direction, maintenant, du pont de Valvins. Les Allemands les attendent là.
À 11 h, ils traversent Samois et prennent la direction du pont. Ils doivent faire leur jonction avec le 11e régiment de Fontainebleau.
Le 11e régiment de la 5e division d’infanterie américaine a atteint Fontainebleau à 12 h 45 ; ayant traversé facilement la ville sous les hourras, le 11e régiment emprunte l’avenue de Valvins qui le mène à la Seine. Devant lui, une autochenille allemande et un side-car fuient pour franchir le pont et passer la Seine. À un coude de la route, ils se retrouvent nez à nez avec l’automitrailleuse américaine qui débouche de la route de Bourgogne. Dans un face-à-face terrible, ils échangent des coups de feu. Les véhicules allemands sont incendiés, les occupants tués.
Les deux sections américaines se rejoignent, s’assurent que le pont est intact et commencent à s’engager.
Alertée par la canonnade, la population civile se replie.
Du côté de la petite maison, la mère de famille prend des notes : « Nous venions de déjeuner. Des coups de feu très proches, venant des rives du fleuve, éclatent vers 13 h 30… » Elle aperçoit alors, sur l’autre rive, une petite colonne allemande qui se replie vers le pont, quelques autos qui roulent lentement. Pour elle, cela veut dire : « Les Américains ! Enfin ! Tout près ! »
En effet :
13 h 30 : la petite colonne allemande qu’elle aperçoit, c’est l’arrière-garde de la Wehrmacht qui va traverser le pont de Valvins, et les quelques autos qui roulent lentement, c’est l’automitrailleuse et le side-car dont nous avons évoqué le terrible face-à-face.
Après leur traversée, les Allemands font sauter le pont de Valvins. Ils ont décidé de se battre et vont opposer une résistance farouche aux Américains ; ils montent les coteaux en se retranchant derrière les maisons et les haies et atteignent les hauteurs de Vulaines et de Samoreau.
Dans la petite maison : « Cette fois, ils sont vraiment là ! Après quelques instants de calme, la fusillade, reprise violemment, crépite autour de nous, le tac-tac des mitrailleuses se déclenche, on entend les premiers sifflements des obus. La cave est prête… Les balles frappent d’un bruit sec la façade de la maison qui regarde le fleuve. Les enfants sont vite habitués à ce bruit… »
Des hauteurs, des tirs de barrage s’abattent sur les Américains. Du côté américain, il faut improviser un pont flottant.
Le commandant du 2e bataillon, Kelly Lemmon, se mobilise ainsi que le capitaine Gerrie et le sergent Willingham.
À 17 h, les Allemands demandent du renfort qui arrive par le Bas-Samoreau. La colonne de véhicules allemands qui s’étire le long de la Seine, repérée par les chasseurs-bombardiers américains qui attaquent, est anéantie au quai des Plâtreries. Puis c’est le calme total.
Dans la petite maison : « À la fin de la journée… une grande accalmie se produit. Chacun sort, joie générale mais vague… On dit que les Américains ont passé le fleuve. Mais où exactement ? Et où sont encore les Allemands ? Très près, certes, dans le haut du village, car la fusillade reprend. »
Les Allemands avaient atteint le haut du village dans la nuit. On est encore le 23 août. Ils ont incendié en passant la ferme Besnard, d’à côté. Dès 22 h, ils contre-attaquent du haut de Samoreau. Malgré le feu intense, les GI venus en canoës s’infiltrent dans le village.
Dans la petite maison : « De minuit jusqu’à l’aube, le bombardement est violent… Avec le jour s’établit une accalmie et, par un soupirail, nous essayons de voir ce qui se passe autour de la maison. » Il pleut.
Le jeudi 24 août, peu avant le lever du soleil, il pleut. Ils aperçoivent juste sous la fenêtre donnant sur la rue un petit poste, protégé de la pluie par une bâche, qui surveille la rue qui monte tout droit de la rivière.
La fusillade reprend ! Un soldat du petit poste étant blessé puis évacué, la famille offre alors à leurs nouveaux amis de s’installer dans la maison pour être protégés. Sont mis en place dans le salon du rez-de-chaussée et dans la salle de bains du premier étage une arme antichar, une mitrailleuse et des fusils !
Dans la petite maison : « Des soldats allemands débouchant du coin de l’épicerie d’en face tentent d’approcher de la ligne où se trouvent les Américains, mais ceux-ci ripostent. Deux Allemands sont abattus. »
« L’après-midi s’écoule lentement… » Vers 5 h de l’après-midi, le bombardement des pièces américaines reprend plus violemment.
« Un soldat du haut de l’escalier crie : les voilà, les voilà, nos boys ! »
Et les Américains arrivent ! Ils arrivent par le fond du jardin et submergent le village. La mère de famille, saisie par l’émotion, nous dit ces mots qui résument si justement la Libération dans notre pays :
« La réalité efface tous les rêves et une émotion indicible nous serre la gorge devant le spectacle, si étonnant pour nous, de cette armée nouvelle venue du Nouveau Monde et qui déferle sur ce vieux village des bords de la Seine. »
Michèle Saliot — août 2026