Bois-le-Roi sous l’Occupation : Le rôle du maire Georges Louis Vignat

L’année dernière, nous avions évoqué l’arrivée des Américains à Bois-le-Roi en septembre 1944, la place des FFI et du comité local de Libération, ainsi que la mise en place du premier conseil municipal.

Cette année, nous évoquerons le rôle joué par le maire durant cette période de l’Occupation à Bois-le-Roi. Il s’agit de Georges Louis Vignat.

Un parcours issu du monde industriel et diplomatique

Il fait partie de ces maires de Bois-le-Roi issus du grand milieu d’affaires parisien. C’est un grand industriel parisien qui possède une maison de campagne à Bois-le-Roi, que nous connaissons tous : la Villa des Fontenys. Ce petit château se situe en face de la mairie d’aujourd’hui, construite à la même époque. Il fut hôpital bénévole en 1915.

Depuis 1884, les maires sont élus par leur conseil municipal, même pendant la période de Vichy pour les villes de moins de 2 000 habitants. Bois-le-Roi compte alors 1 908 habitants.

Il est né à Paris en 1883, dans le XVIIe arrondissement. Il est le fils d’un diplomate, René Vignat, et d’une Péruvienne, Juana (Irène) de Dios de Guérola y Riglos.

Ce milieu diplomatique va beaucoup l’aider dans ses relations avec les Allemands, avec lesquels il faut composer. Il vient d’un monde international. Il a une sœur qui a épousé un diplomate anglais ; il est témoin à son mariage. Dans la rubrique « Les Ambassades » (Le Figaro, 1er janvier 1934), il est écrit : « Sir Esmond Ovey, ancien ambassadeur de S. M. britannique à Moscou, et lady Ovey, née Vignat, sont actuellement les hôtes de M. Georges Vignat au château des Fontenys, à Bois-le-Roi (Seine-et-Marne). »

Il est élégant, a de la prestance et parle plusieurs langues, ce qui intimide les Allemands. Il est qualifié par les Allemands, dans les notices de surveillance, « d’administrateur distingué d’un commerce très agréable ». Il va faire preuve de diplomatie pour protéger Bois-le-Roi.

Sur le plan personnel, les journaux parisiens  (L’Écho de Paris, Le Figaro, L’Univers) annoncent son mariage en novembre 1909 avec Xenia Maes, fille du banquier Félicien Adolphe Maes. Il a alors 26 ans. Il divorce quelques années plus tard et se remarie à Paris VIIIe, en août 1930, avec Suzanne Gastel, dont il divorce en novembre 1940. Il se remarie une troisième fois à Monaco après la guerre, en 1951. Il décède en 1952 à Paris XVe.

C’est un industriel, propriétaire d’une grande imprimerie à Paris, l’imprimerie Desfossés, d’abord appelée Société Anonyme des Publications Périodiques, spécialisée dans les publications pour le Sénat, la Banque de France et la Loterie nationale. Cette imprimerie compte 1 200 ouvriers. Elle est située 13 quai Voltaire.

Georges Louis Vignat commence comme apprenti en 1904, à l’âge de 21 ans, puis devient maître-imprimeur, sous-directeur en 1909 et enfin administrateur. Il est également président de la société de secours mutuel des ouvriers.

À l’âge de 31 ans, il s’engage, malgré une santé fragile, dans la Première Guerre mondiale. On le retrouve à Salonique en 1916, où la France a envoyé plusieurs escadrilles sur le front des Balkans. Il est sergent-observateur dans une escadrille de l’Armée d’Orient. C’est un rôle dangereux et exposé. À bord d’avions de reconnaissance, il observe et photographie les lignes ennemies. Il reçoit la Croix de guerre avec citation à l’ordre de l’aéronautique. Son père meurt en 1918 ; il a alors 35 ans. J’insiste sur cette partie de sa vie car il s’est déjà engagé contre les Allemands.

Du conseiller municipal au maire de Bois-le-Roi

En 1924, sa Société Anonyme des Publications Périodiques est rachetée par la Société Financière Française et Coloniale (banque des frères Lazare et Cie), qui modernise les appareils de production ; les sociétaires s’enrichissent. Il en est l’administrateur, réélu en 1925. C’est une société qui obtient des marchés plus modernes, comme les catalogues des grands magasins, dont celui du Bon Marché.

Il acquiert alors la Villa des Fontenys à Bois-le-Roi et devient conseiller municipal de la commune aux élections de 1929.

Il gagne les élections le 5 mai 1935 contre Paul Armand, maire sortant et enfant du pays. Georges Vignat devient maire en 1935. Il a 57 ans au début de son mandat.

Il est nommé officier de la Légion d’honneur le 12 octobre 1938. Son conseil municipal le félicite ; il semble apprécié de son conseil, malgré deux démissions.

Les Allemands s’installent le 7 juillet 1940. Ils occupent d’emblée 101 villas pour un total de 2 550 Allemands. Cinq états-majors et des officiers de troupe occupent les villas ; la troupe loge chez l’habitant. On compte au minimum 600 chevaux et 200 camions ou grosses voitures. Le gros de la troupe ne reste qu’un mois, mais les villas restent occupées (archives communales).

L’occupation est sporadique, avec beaucoup de mouvements de troupes de passage. Le mot « réquisition » disparaît des archives et devient « logement et cantonnements ». Mais les archives ne sont pas toutes dépouillées.

On apprend peu de choses sur le contenu des conseils municipaux. Le maire s’occupe des charges habituelles : accélérer l’adduction d’eau potable et du gaz, goudronner les chemins vicinaux, organiser le festival de clairons, assurer le chauffage de l’école des filles, etc.

La pression allemande, par décret du 21 novembre 1940, impose un bassin de natation. En 1942, Vignat trouve enfin un terrain près de la Seine, après de nombreux refus de propriétaires, avec le plan d’aménagement obligatoire. Les Ponts et Chaussées refusent. Cependant, il ouvre un dépôt d’ordures avec incinération aux Foucherolles.

Les Allemands renouvellent les conseils municipaux ; il est renouvelé en 1941.

Administration municipale, solidarité et Occupation

Il a divisé la gestion de la mairie en deux parties :

  • le secrétariat proprement dit ;
  • le service se rapportant à l’Occupation.

Il explique qu’il n’y a pas que le conseil officiel qui siège, mais qu’un autre conseil siège en permanence…

Ses deux grands soucis sont l’assistance aux plus démunis et le ravitaillement.

De nombreux dispositifs d’aide existent :

  • bureau de bienfaisance ;
  • bureau d’assistance aux vieillards ;
  • bureau d’assistance médicale gratuite et aux femmes en couches ;
  • œuvre des berceaux ;
  • comité d’aide aux mobilisés et aux prisonniers.

Le maire félicite les femmes de Bois-le-Roi, très mobilisées et engagées bénévolement.

À partir de 1941, le ravitaillement devient une priorité majeure. Il faut prendre des mesures exceptionnelles pour assurer le ravitaillement de la population civile et satisfaire les demandes de l’armée d’occupation. Trois commissions sont mises en place :

  • commission du ravitaillement : elle prend en compte les demandes de la population et les directives allemandes. Le rationnement est difficile en raison de la variation de la population et du caractère saisonnier du cantonnement. Avant-guerre, en 1939, on passait de 1 950 habitants à 3 000 en mai-juin, puis à 5 000 de juillet à octobre. Le flux est moindre, mais cela reste un vrai casse-tête ; 
  • commission pour la répartition des cartes d’alimentation ; 
  • commission des dommages de guerre

Un « Champ de la Solidarité » est créé au Clos de la Cure, sur des terrains municipaux, cultivant pommes de terre et rutabagas en grande quantité. L’engrais est offert. Il y a 226 vieillards bénéficiaires des distributions de légumes (on ajoute la mare des Marchais et les jardins).

Des jeunes sont réquisitionnés pour aider les femmes de prisonniers dans les travaux de jardinage tous les week-ends.

Il insiste beaucoup sur le fait que les rapports entre la municipalité et les autorités allemandes ont toujours été d’une parfaite correction. La mairie n’a jamais été occupée ; seules les villas de plaisance inhabitées sont affectées au cantonnement.

Le Préventorium est également sauvegardé : Vignat y place deux bénévoles qui gardent les enfants. Les Allemands, voyant ces enfants courir partout  et les croyant tuberculeux, n’insistent pas.

Vignat veut protéger Bois-le-Roi des représailles. On peut dire qu’il a réussi : il n’y a eu ni prise d’otages ni innocents fusillés. 

Il ne peut cependant empêcher certaines arrestations extérieures, notamment celles de femmes juives à Brolles en 1942, ainsi que celles de Paul Jourdan et de Jeanne Platet, arrêtés par la Gestapo de Melun.

En septembre 1944, Georges Vignat est arrêté par les FFI, emmené à Fontainebleau avec le conseil municipal, puis relâché le soir même.

Il n’avait pas d’enfants. Il décède à Paris en 1952, à l’âge de 69 ans.

 

 

Texte écrit et lu par Madame Saliot lors de la commémoration du 8 mai 2026